Le blog de Chantecler

"Saluer le mystère, sourire, et puis, se taire" C. Nougaro

12 novembre 2009

Endurance

Toujours vivant ? Tous ces jours de Paris, tes amis ont souffert, toi aussi, toujours en vie ? Sûr ?

Garder le rythme, bien sûr. Regarde la fumée des joints, de la vie qui s'use plus vite et plus fort. Respire un grand coup l'air mouillé et particulaire de la rue principale. Bois, ça desserrera de force ta gorge oppressé d'angine. Bois tout.
C'est-y-pas malheureux ! Tout ce beau monde qui tourne et s'escrime pour toi, et voilà que Môssieur s'exclue. Bon. Garde ton souffle, reprends haleine.

Et un ami pleure sa confiance trahie... Il respecte les hommes, et se fait piétiner, éternel sort des doux. Se faire piétiner, toujours, et avoir la lâche noblesse de laisser faire. Préférer le suicide à la vengeance. Lâche noblesse.
Et j'ai mal aussi de ne pas arriver à partir. Ma Chloé, toi qui es quelque part et toi qui attends que je panse la plaie qui me pulse... Tu sais, je n'arrive pas à partir, et Paris fait gonfler ma tête.
Je te jure. A vue d'oeil, mon cerveau enfle et se rempli d'eau. Faut bien crever l'abcès quand il s'infecte ! Que ce soit par une caresse où une balle de pistolet, il faut crever l'abcès.
J'aime mieux les caresses que les balles. Lâche noblesse.

Ma parole ! Et voilà une foule de clown aux visages blancs et rouges ! On rigole, malgré nos rateliers fatigués et nos cous étroits. Dedans, une âme qui frappe pour voir le monde extérieur.
Laisse l'âme pousser les volets. Lète ze seune shaïne ine.

Maudite soit cette rapidité de l'homme à oublier la joie. Dès la première goutte de pluie...

Garder le rythme. Reprendre haleine. Se délester encore d'un organe ou deux. Mais se relever et continuer.
Parce que la vie est toujours belle, je pleure de connaître des instants où j'en perds la conscience.

Fil d'Arianne dans un bordel de couloirs et d'avenues. Fil intranchable mais si ténu.

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28 octobre 2009

idée fixe

sortir cracher partir
partit sortir
soulager guérir
lancer partir sortir guérir
guérir partir franchir courir
sauter lâcher détendre finir
partir courir partir sortir

et merde

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04 octobre 2009

Conte

Entendu ce soir aux Buttes Chaumont, devant des enfants assis sur l'herbe.

Il était une fois un pêcheur et son fidèle rafiot posés sur une mer ridée. C'était un pauvre pêcheur que la vie emmerdait.
Au début, pourtant, il adorait son métier et chaque poisson qu'il prenait était un nouvel émerveillement, un cadeau que l'eau accordait à ses efforts.
Aujourd'hui il avait envie de se barrer, sa barque sur le dos, et d'aller voir là-bas les forêts géantes et les déserts de roche.
Sur la plage, derrière l'horizon, sa femme l'attendait. Elle était assise sur le sable et en prenait des poignées pour le laisser filer entre ses doigts. Le pêcheur l'aimait. Quand ses mains calleuses s'égaraient dans les bons cheveux, c'était un avant-goût des grandes forêts d'ébéniers. Elle n'avait pas d'enfant, son ventre étant infécond, ce qui donnait beaucoup de peine à ces deux êtres, dont le quotidien aurait été sublimé par un rire naïf et deux grands yeux clairs. La vieille mère aveugle du pêcheur essayait de distraire son fils en lui racontant des histoires de magiciens aux pouvoirs immenses demeurant dans les profondeurs de l'eau.

Et ce jour-là, alors que le pêcheur vidait son filet, il aperçut une bouteille de pinard s'échouer au milieu de sa barque. Il la ramassa, étonné, et lut l'étiquette.

"Nom de dieu ! Saint-Emilion 1978 ! Une bonne idée, ça ! Merci, Mer-Grand !"

Heureusement, il gardait toujours son tire-bouchons sur lui. Mais quand le liège libéra le goulot, il n'eut pas le temps de porter le grand cru à sa bouche : dans un grand souffle lumineux, un génie apparu devant lui.

"Aaaaaaaaaah ben quand même ! 499 ans et 364 jours que je poireaute ! Tout ce temps à rattraper, j'ai pris un retard fou sur WoW !
- Sur quoi, pardon ?

Devant l'air ahuri du pêcheur, le génie pensa qu'il était tombé sur un plouc qui n'avait jamais vu un PC de sa vie et cela le plongea dans la perplexité.

"Bon, reprit le génie, je ne te ferai pas de mal. Bien éloigné de cela, puisque tu as brisé le sceau qui m'enchaînait à cette maudite bouteille, je vais exaucer un souhait pour toi. Dis-moi ce que tu veux, et tu l'auras.
- Un seul souhait ?
- Je ne suis pas un génie au rabais, je connais mon travail. Pas de marchandage.
- Mais, ce que je veux, genre ce que je veux ?
- Genre ce que tu veux.
- C'est bon ça ! dit le pêcheur.
- Un peu, mon neveu ! répondit le génie."

Mais le pêcheur ne savait pas trop ce qu'il voulait, finalement.

"On peut réfléchir ? demanda-t-il. C'est une grosse décision pour un pauvre pêcheur.
- J'ai attendu pendant 499 piges et 364 jours, et j'attendrai pendant un jour encore, parce que j'aime bien les comptes ronds. Mais demain, tu devras avoir choisi le désir que tu veux voir exaucer. Dans le cas contraire, je te mangerai.
- Tiens, pourquoi ? demanda le pêcheur.
- Pour ajouter une dimension dramatique à l'histoire. Tu vois, genre, ça ajoute un enjeu, il y a un suspense et tout. Non ?
- Si, effectivement... Je réfléchirai toute la nuit et demain matin je t'apporterai ma réponse."

Et le pêcheur remit le bouchon à la bouteille. En rentrant chez lui, le pêcheur pensait à demander au génie assez d'argent pour quitter sa routine minable et partir voir le monde. Mais, arrivé au seuil de sa maison, il vit sa femme courir à lui pour l'accueillir, et il décida de demander au génie de les aider à avoir un enfant. Puis il vit sa mère aveugle se balancer sur une chaise, et il eut le coeur noué. Il devait, bien sûr, redonner le jour à celle qui l'avait mis au monde.
Ce soir-là, quand il partit se coucher, le pauvre pêcheur faisait toujours face à ce dilemme cruel. Il n'arrivait pas à trouver le sommeil, se tournait et se retournait entre les draps. Soudain, il eut une idée, une claire idée comme seules les nuits peuvent en offrir. Alors il connut la paix et dormit.

Au matin, il alla déboucher le Saint-Emilion. Le génie sortit et regarda le pêcheur.

"Alors, as-tu choisi ? Ou dois-je te dévorer tout vif ?
- J'ai préféré choisir.
- C'est ton droit. Je mangerai donc les pains au chocolat que je gardais pour le cas où tu aurais un vœu à me demander.
- Ta prévoyance t'honore, génie.
- Trêve de bavardages. Je suis impatient de me créer un bon Palouf. Quel est ton vœu ?"

"Je souhaite que ma mère puisse voir mes enfants manger dans des assiettes en diamant."

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03 octobre 2009

Laine

Un frisson de chaleur dans la grotte de l'hiver
Un frisson de douceur transperce la neige

Que je suis chanceux de toi et du froid !

On déchirera l'hiver. Un chocolat chaud et des croissants au réveil du bout d'ange ! Une promenade à travers la nature gelée ! Un tas de vêtements de laine sur un gazon saisi, grotte de tendresse sur une plaine de misère.

Parce qu'on peut faire quelque chose pour le monde, un petit quelque chose. On peut faire avancer l'Humanité, et je ne parle pas du journal. Avant d'être un journal, ce mot portait l'espoir de l'homme, trop de gens l'ont oublié.

Je ne pense à rien ! La tête les nuages, la tête dans les étoiles, la tête dans un univers lointain et proche où je peux te prendre dans mes bras et où tu y es bien.

Je n'ai rien d'autre dans la tête, et j'ai envie de me frapper le crâne sur le mur jusqu'à ce qu'il rougisse pour me rappeler à la réalité.

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Prends ton temps

Je suis là, prends ton temps. T'as besoin d'une semaine, d'un mois, de plus ? Dis-moi d'attendre, et j'attendrai. Plus à ça près. J'entends les rires de mes copains qui marchent dans la rue, ils rentrent chez eux après la soirée, et moi je pense à toi, et je suis heureux de m'endormir sur ton souvenir.
Il y a des forces sombres dans les gens, je n'échappe pas à la règle. Mais dis-moi d'attendre, et je les tiendrai en respect un mois ; mais donne-moi un baiser, et je les musèlerai un an.
Calmement assis, fumant virtuellement une herbe rare qui sent le pommier, je me balance sur mon cul. L'air pue et dans la rue les grognements d'ivrognes ont remplacé la voix des amis.
Une fille vivant très fort revient de Turquie, les yeux chargés de merveilles et d'horreurs ; les petits chefs continuent de mesquiner à tour de bras, crapoteux qu'ils sont ; et là-bas une flamande console un coeur !
J'ai le sens des priorités ! Celui que mon père voulait tellement m'apprendre, le sens des priorités. Je ne sais pas si c'est exactement celui-là dont il me parlait à l'époque. Lui devait dire que faire ses devoirs doit passer avant décapiter des orcs et tuer des dragons.
Non, la vraie priorité c'est l'amour. Que je lui mette un petit "a" ou un grand "A", je respecte et je recherche son énergie et sa chaleur. C'est l'amour d'un bout d'ange, c'est l'amour d'un copain, c'est l'amour du vieil olivier derrière la terrasse... Et puis une fois que l'on aime, mettre la main à la pâte et construire des choses, apprendre aux gens qui l'ont oublié le sens des priorités.

Bref, prends ton temps, j'ai de quoi m'occuper. Tout un monde à refaire, un univers à nettoyer, pour t'accueillir fièrement à l'intérieur. C'est pour quand madaaaaame ? Pour jeudi ? Aucun problème.

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29 septembre 2009

Hime

Quand on est petit, on trouve la magie normale, tout est magique, c'en est banal. Et puis, on passe d'un extrême à un autre et on oublie totalement la magie.

Des vieux doigts racornis de ce musicien s'élève tout à coup un air de plaine, un air de vent, un air d'un cavalier lancé à pleine vitesse à travers l'herbe. Laisse-toi porter, enfant, par la musique qui te raconte ce qui est d'ancestral en toi, les racines de ton humanité et de ton instinct. A la base, la nature, la terre, l'eau. On a tout en nous dès le départ, et puis la société nous épluche.
Reste en écoute, enfant, reste en écoute du monde, sous le béton, dans ce coeur qui bat, profond, derrière le stress, derrière la rage. Fissure nos carapaces, nous sommes des humains et nous pouvons vibrer tout comme cette corde de violon qui te raconte la légende du Vent. Il faut juste se ré-accorder l'âme. Comme la corde craque quand il gèle ou quand il fait chaud, l'âme se détraque au milieu de la société des humains. Côtoyer les hommes est déjà un compromis. Mais sans aller t'exiler, enfant, apprends à écouter, enfouie sous la cacophonie, ton âme qui vibre quand certains yeux te regardent, qui se remplit de terreur ou de joie selon les circonstances, toujours prête à se ré-accorder sur l'harmonie de la vie.

Enfant, fais gaffe, quand tu grandiras, à garder conscience de la magie. Tu gagneras beaucoup de temps.

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23 septembre 2009

Voilà, j'écris

Vous savez la différence entre un homme et une femme ?

Une femme est une plaie béante qui se balade sur le monde.
Un homme est une plaie béante qui se balade sur le monde avec deux couilles qui la démangent.

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17 septembre 2009

Rubaïyat

Fuis prière et science et loi : - cela vaut mieux.
Va trouver quelque frais minois : - cela vaut mieux.
Avant que le Destin verse ton sang, viens, verse
Le sang clair de la vigne, et bois : - cela vaut mieux.

Omar Khayyâm (1048-1131) poète, algébriste et astronome persan,
comme un ancestral pied de nez aux fous sanguinaires qui souillent aujourd'hui l'Iran.

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15 septembre 2009

Bout d'ange, es-tu là ?

C'est à celle qui manque que je voudrais écrire. Les
Onguents bizarres dont s'oignent les soigneurs
Ne servent qu'à puer ; leurs remèdes tapageurs
Sont inutiles à crier. Il suffirait qu'une fois
Tes cheveux noirs viennent chatouiller mes clignotants
Ancestrale douceur sur des pupilles fatiguées de questions...
Ne pense pas que j'exagère : il suffirait de toi, de ta respiration
Calée sur celle de la Terre, de ta bouche en seuil d'âme,
Et l'éternité se ferait instant pour nous, et la maladie ramperait hors des cerveaux.

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06 septembre 2009

L'appel de Cthulhu

1926. Un écrivain étrange et méconnu. On dit qu'il écrit comme un extraterrestre. Dans une maison de Providence, aux States, il travaille, en regardant la mer à travers les rideaux tirés. Tirés parce que, depuis tout petit, il a du mal à supporter la lumière. Son cerveau suppure l'angoisse du Temps, du Vide, des espaces infinis, et le mépris de tout cette molle humanité qui fait comme si de rien n'était, comme s'ils n'avaient pas peur.

Lovecraft travaille en surveillant la mer. Il en a peur, de la mer. Tout est sorti, tout a commencé de la mer. La vie, avec elle l'humanité, avec elle la pensée, avec elle l'angoisse qui ronge la conscience. La mer, territoire inexploré, profondeurs, abysses, un avant goût du vertigineux vide cosmique. Nul ne sait ce qui se cache là où l'oeil ne peut aller, à la frontière du savoir humain.

Il imagine une cité engloutie dans l'océan South Paficique : R'yleh. Selon lui, elle est situé par 48 degré de latitude sud et 126 de longitude ouest, non loin du point Nemo, l'endroit le plus éloigné de toute terre émergé. C'est là que dort Cthulhu, le démon ancien dont la puissance fut bannie et enfermée. Gigantesque monstre ailé à tête de pieuvre, qui communique avec les hommes par les rêves, détruisant leurs entendements par des visions d'horreur brute. Il dort dans l'océan, attendant l'heure de son avènement pour ravager la Terre.

Lovecraft meurt en 1937 d'un cancer. Ses amis se chargent de diffuser son oeuvre, qui est peu à peu acceptée comme la référence d'un genre nouveau.

Pendant la guerre froide, les côtes américaines se garnissent de radars, capteurs et autres appareils braqués sur l'océan, pour détecter les sous-marins soviétiques. Grâce à l'une de ses machines, le National Oceanic and Atmospheric Administration enregistre en été 1997 un gigantesque son venant des gouffres du Pacifique. D'ultra-basse fréquence, ce son correspond au profil audio d'un animal marin. Il se prolonge pendant une minute, et est capté plusieurs fois dans l'été. L'animal ne peut être un calamar géant, puisque les céphalopodes sont incapables d'émettre ce genre de bruits. Il ne peut être un cétacé inconnu, puisque les cétacés ont besoin de remonter respirer à la surface, où il aurait été aperçu et répertorié. Reste l'hypothèse d'un poisson. Mais il serait énorme. Plus grand que la baleine bleue, la plus grosse bestiole connue.

A ce jour, on ne sait toujours pas ce qui a émis le bloop, comme l'on baptisé les scientifiques. Mais ils ont calculé que sa source se situait environ par 50 degrés de latitude sud et 100 degrés de longitude ouest.

J'adore ce genre de coïncidence ! Quel chercheur, quel plongeur fera le trait d'union entre l'esprit torturé de Lovecraft et l'abyssale réalité du mystérieux bloop ?

FTHAGN

Posté par Chantecl3r à 19:15 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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