Le blog de Chantecler

28 octobre 2014

Pour une passante

Je chéris ton rire à la terrasse

Un alcool meilleur encore que l'ale

Le ciel gris peut-être, on s'en fout, passe

Il est en-dessous un tonneau d'ailes

Et je bois, belle, quand tu t'esclaffes

 

J'adore ton or, au fond des lacs

Ulcérés et doux de tes prunelles

Les vagues bleu-jaune, les ressacs

Iris merveilleux desssus lesquels

Etendre mes voiles, voir la mer

 

J'idolâtre l'âtre, le feu d'aine

Ululant dans l'or de tes yeux, dans

L'alcool de ton rire, ange, fleur, chienne

Irradiant ta peau, viens-t-en, viens-t-en

En toi je veux vivre, en toi. Basta.

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03 mars 2013

Blue devils

Des années plus tard
Toujours le cafard
After many years
Come my blue devils

 

Les hommes se retirent
Ils fuient le navire
J'oublie peu à peu
Que je deviens vieux

 

 

Continents lointains
O vie libre et belle
Frappé par la mer
Gavé de musique

 

Et tant de marins, à besogner trop leur vie, ont perdu leurs Indes de vue. Et tant de capitaines, à trop chipoter leur âme, n'ont pas vu leur bateau disparaître en brouillard.

Quelle force pourtant, à renverser tout
Quelle force en nous

Quelle énergie pourtant, à partir tout à coup
Quelle énergie en nous

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27 novembre 2011

Rêverie de comédie

Yen a eu avant toi
Yen aura p'têtre après
Je m'en fous, j'ai l'béguin
Pour ton p'tit air de rien
Cheveux courts et yeux bleus
T'es belle, est-ce que tu veux
Qu'on s'aime pour l'envie ?

Depuis qu'jai eu la chance
De tutoyer ta peau
Au détour d'un plateau
Parole ! je sens encore
Ton parfum dans ma tête
Hey, Chimène, ça te dit
Qu'on s'aime pour l'envie ?

Quand je te vois venir
J'ai le cœur qui se pince
Et je voudrais te dire
"Ton rire me fait du bien
Et ton sourire m'enchante.
Dis, est-ce que ça te tente
Qu'on s'aime pour l'envie ?

Tu sais, j'en ai assez
D'avoir tant à donner,
D'avoir tant qui pourrit !
Aujourd'hui qu'enfin j'prête
L'oreille à cette fièvre
Tu me prêterais tes lèvres,
Qu'on s'aime pour l'envie ?

Je suis pas le premier
Sans doute pas le dernier
A vouloir t'enlacer
Pour le temps d'une danse
D'un baiser, d'une balade,
D'un fragment d'infini...
D'un amour pour l'envie

Si ma chanson te gêne
Disons qu'tu n'as rien lu
Et que j'ai rien écrit
J'aurai toute la vie
A aimer pour l'envie

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J'arrive pas à croire que Nougaro soit toujours mort !

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23 novembre 2011

Les gens spéciaux

 

Un gus cherche une nana spéciale

On est presque comme vous

Une fille espère un mecton spécial

Mais aussi loin de vous

 

Nous c'est pas pareil

On veut la seule, l'unique, le bon

On cherche derrière la façade

Derrière le désir vulgaire

 

Une gosse espère un gars spécial

Vous comprendriez pas

Un type cherche une souris spéciale

On soupire dans les bois

 

Si seulement

Les gens étaient

Spéciaux comme nous

On s'rait heureux

 

Un jules croise une spéciale gonzesse

Rue du chat qui pêche

Une aimable est en face d'un spécial bonhomme

Dans un carré de métro

 

Trop occupé à être spéciaux

A avoir des problèmes placés si haut

Les nombrils se croisent

Et ne se reconnaissent pas

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14 juin 2011

Chacun sa Dulcinea

Chacun sa Dulcinéa
Qu'il est seul à savoir,
Qu'un soir de pleurs, il s'inventa,
Pour se garder un peu d'espoir
Aux barbelés du coeur.

Par elle, par sa Dulcinéa
Ou par l'idée d'icelle,L'homme rebelle devient un Dieu.
Voilà qu'il vole et même mieux,
Cueille des lunes du bout des doigts.
Mais cependant si tu es de ceux
Qui vivent de chimères,
Rappelle-toi qu'entre les doigts,
Lune fond en poussière.

Il n'y a pas de Dulcinéa,
C'est un espoir fané.
Malheur à qui peut préférer
Le verbe être au verbe avoir,
Je sais son désespoir.

Il n'y a pas de Dulcinéa,
C'est un espoir fané.

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16 mai 2011

Le jour de l'explosion du Soleil

Il y avait ce matin à l'ouverture des volets une lumière encourageante. Vive et douce à la fois, qui ne semblait rebondir nulle part mais être partout, tomber sans discrimination sur tous les endroits et y rester. L'atmosphère était si légère qu'on aurait dit qu'elle n'y était plus. Je donnai un coup dans le vide pour m'assurer que l'air sifflait toujours ; et l'air me répondit, fidèle. Loin, un nuage en forme d'arbre. Et puis soudain je suis fatigué de me complaire dans la contemplation du paysage. Alors je sors. Sur le pavé, un pigeon ouvert en deux semble me sourire. Un croissant aux amandes, merci bien, et quarante qui font deux, au revoir. Dans le ronronnement coutumier de la ville, j'ai l'impression d'entendre une rumeur nouvelle, comme un courant qui circule sous l'asphalte... Une vibration ténue, que je capte dans mes pieds et qui ricoche à l'intérieur de ma viande. Loin, le nuage s'est aplati, on dirait un champignon maintenant, comme une grande girolle... J'ai mal au crâne. Je serre les dents. Je traverse le marché, avec ses fromages et ses poissons. Ça pue, les gens sont cons, rien d'anormal. Il y a des pigeons partout. Ils ont tous déserté les arbres et les toits pour venir au sol nous faire chier. Pause. Serre les dents et les poings. Ferme les yeux. Je vois des points défiler, j'espère que je ne couve pas quelque chose... Je me masse, je repars. Un chien tire sur sa laisse, deux pigeons se battent, un passant éternue. La vibration dans les pavés s'est tue. D'un coup, la lumière devient accablante, comme si le jour n'était jusque là qu'une nuit un peu claire et que le soleil venait d'un coup de passer de nadir à zénith. Aveuglé, je baisse les yeux. Tout devient blanc. Pas loin, un gros type repousse une vieille qui lui était tombé dessus. J'ai juste le temps de penser, soulagé, que finalement l'avenir n'est pas si incertain qu'il le paraissait. Alors, un vent terrible et brûlant s'engouffre dans les rues remplies de gens et d'oiseaux, et désintègre tout. 

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11 avril 2011

Sho

Donne la douceur, reçoit le mépris

Donne des coups, récolte la tendresse

 

La soie jaune d'une corolle

Moustache au vent, mains dans les coudes

 

L'horizon flambe

L'horizon flambe

 

Au fond du champ, un gamin à la flûte

Loin pour être tranquille

Et caresser son bec

Loin pour être libre

 

Loin de ceux qui pourraient tout tuer

En disant : "C'est beau"

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06 février 2011

Alizé belge

Il pensait m'être un ulcère, Monsieur La loi
Quand il me jeta hors de son train à coups de pied dans le mien.
S'il avait su qu'il me donnait une nouvelle chance !

Zouave qui te repais de nos déconvenues
Écoute ! Grâce à toi, brave, je l'ai revue
La petite perle qui rafraîchit ton ciel
Il y a dans ma vie une passante en moins
A sa place, à présent, un rayon de soleil

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22 décembre 2010

Les oiseaux de passage

C'est une cour carrée et qui n'a rien d'étrange :
Sur les flancs, l'écurie et l'étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l'eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d'or.

Loin de l'endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d'avoine en poussière s'entasse,
La poule l'éparpille à coups d'ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d'une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d'aise, assoupi,
Hérissé, l'œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu'une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l'oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s'arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d'un plongeon les moires de l'étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d'argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l'ébène et tantôt de l'émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C'est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir. "

Elle a fait son devoir ! C'est à dire que oncque
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu'on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s'allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n'est point hideux
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu'ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N'avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d'une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l'ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l'œil en l'air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu'est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n'entendront pas.
Et d'ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent feraient éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu'importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l'haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L'averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l'abîme et chevauchent l'orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l'étendue ample, rois de l'espace.
Là-bas, ils trouveront de l'amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c'est le pays de l'étrange et du rêve,
C'est l'horizon perdu par delà les sommets,
C'est le bleu paradis, c'est la lointaine grève
Où votre espoir banal n'abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux.
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

Jean Richepin

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03 novembre 2010

Regarde-toi, mais regarde-toi, hexagone

Un type vole vers la moitié
De coeur qu'il a laissé
Au-delà de la mer
On l'arrête, on lui dit
"Demi-tour, enfoiré."
Il est bon, il est sain
Et il est amoureux
Seulement voilà, il est brun
Et n'a pas les yeux bleus

C'est un bougnoule qui vient
Pour épouser nos femmes

C'est juste un homme qui veut
Embrasser son trésor

Hortefeux la raclure, jaloux sans doute de ceux qui aiment
Exige qu'on reste entre nous
Vous ignoriez que cette face de couperose
Pouvait décider pour vous ?
Toi, tu seras malheureuse
Dit Brice La Gangrène
En écopant sa sudation

T'as peur, tas d'immondices
Que l'autre débarque chez toi
Et soit aussi français
Que tes étrons d'ancêtres ?

Mais pourquoi tu t'inquiètes ?
Qui en voudrait, de ta lignée nécrosée ?
Qui dans le monde voudrait te ressembler ?
Se lever, regarder dans le miroir
Une face noire de bile ou rouge de vinasse de luxe
Et se dire en bavant
Fier d'être un enfant de français ?

Bravo les mecs.
La nationalité, la fameuse nationalité !
Pour ceux qui ne l'ont pas, le mépris, les obstacles, les coups, les insultes...
Et quant à ceux qui l'ont, ils portent au front la marque de la honte.

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27 octobre 2010

Za powa 'f za f-f-fonque

Le ciel
Balance
Mouettes et lumière
Pulse mon cœur \ pulse ma tête
Lumière !
Mon mystère
Évanoui, perdu
Pulse mon sang
Finalement
C'est l'temps où l'on sent les autres mourir et les étoiles se fondre dans le reste, hein ?
Pulse
Pulse encore
Et change en saccades
Quékce médoc
Qui claque un peu

OK raboule mon énigme
Pulse ma tête, mec
T'occupe, j'en ai besoin
Visions à chasser
D'une peau
D'une fille tout en or
Raboule-z-y mon énigme

Mes opiums
En rang *snap*
De l'oubli
Pardon
Pincée de cosmos
Pour celui qui là-bas très bas bas bas se ronge les doigts tout bas et fredonne en bas tout bas en faisant les cent bas

Yeah pulse mon âme pulse
Rends-moi ma substance
Retrouve-moi mon mystère

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24 septembre 2010

Vivent les premières !

Place Gambetta, trente minutes d'avance
Je regarde les petits groupes qui tournoient
La Colline sera archi-pleine ce soir
Pleine de théâtreux et d'adipeux bourgeois

"Ce qu'on joue ? Peu importe ! Mais c'est contemporain.
C'est bien simple, darling, je ne supporte pas
Le théâââtre d'avant 1980"
Pérore une mégère on ne peut plus tendance

La première a toujours un parfum bien spécial...
Que sera-ce ? Un triomphe ? Un flop ? Ou... Un scandale ?
Ce dernier mot émeut ces dames !
Mais, attention ! Trois coups. Noir. Rideau. Ça commence.

Noir. Rideau. C'est fini. Et voilà le concours
Des applaudissements : l'un veut être premier
A s'exclamer "Bravo" ; l'autre veut clôturer
Le cycle des rappels. "Vous comprenez, mon cher,

C'était puissant, poignant, mystique et bouleversant
Superbe, audacieux, neuf ! Flamboyant ! Torturé !
Et puis, c'est engagé ! N'avez-vous remarqué
Cette fine allusion sur notre président ?

Quel courage ! Si, si, souvenez-vous, c'était au moment, n'est-ce pas, où l'acteur se roule dans une mare de boue et où il se sert d'un poulet pour frapper une contrebasse (dans une vibrante dénonciation de la virtuosité élevée au rang d'art, n'est-ce pas) Oui. Voilà. Et bien, souvenez-vous, il dit à ce moment, avec une voix à tirer des larmes aux pierres : "GROUARLP SARKO !!!" Oui, quelle joie de voir que le théâââââtre est toujours la tribune des messages politiques les plus pertinents, voyez."

Remontant l'escalier, j'écoute la pimbêche.
Quand soudain un fumet me tape sur l'épaule
Je redescends donc... Mes yeux émerveillés
Découvrent ce que seul mon nez subodorait

Constatant que le gros de la foule est sorti
Un mec du staff technique repousse une cloison.
Derrière elle, ô bonheur, se tient un grand buffet !
D'un sourire, le gars m'autorise à entrer.

Deux énormes marmites emplies de bon ragoût
Du vin blanc, du vin rouge et du champagne itou
Des salades de fruits, et là bas tout au bout
Une panoplie de fromages, durs et mous !

Merci Molière !
Tes enfants savent vivre
Et parfois les obscurs qui habitent au théâtre
Sont bien plus généreux que leurs têtes d'affiche !

La première a toujours un parfum bien spécial
Ami, si tu es las de faire la cuisine
Je pense avoir trouvé une très bonne adresse
Rejoins-moi, minuit, au buffet de la Colline !

Pour Maman

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23 septembre 2010

Le vent absent

Visage rugueux, taillé à coups de fourchette dans un bloc de vulgaire grès. Orbites creusés, yeux sales et moustache hirsute.
Il a fini par se couper le nez, un matin de printemps, en le plaçant à l'entrejambe d'une paire de ciseaux à papier. Une lame scintille, l'autre est mate et sombre. Il a beaucoup saigné du nez.
Rien de mieux si vous voulez vous reforger un profil.
Ne restent que deux trous au milieu d'un triangle de chair écorchée. Après ça, les gens le laissaient tranquille.

Toujours transpirant, il n'enlevait jamais pourtant son manteau brun, et ses mains ne sortaient de ses poches que pour sillonner l'air autour de lui de manière désordonnée, paniquée, comme celles d'un qui se noie.

Voilà un homme que le vent évite.
Le vent le contourne mais ne vient jamais à son contact. Celui-là ne déplace pas d'air, et l'air le boude.
Pas de caresse, pas d'odeurs apportées (d'où finalement ces deux narines grotesques flottant au fond des cabinets).

Et le prisonnier de cette bulle de stagnance étouffe et subit la mort la plus lente, celle de l'absence de choc.

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27 juin 2010

Giulia

Tu dors près de moi
Giulia, pas Julia
Tu es recroquevillée
Tu me tournes le dos
Sous ton fin gilet noir, ton flanc gauche va et vient
Tu me tournes le dos
Une seule pensée dans ma tête, tu es belle
Une seule autre pensée dans ma tête, je voudrais te toucher
Très doucement, ne pas te réveiller
Préserver le cristal de ton somme
Mes mains planent au-dessus de toi, s'enhardissant parfois à enlever un cheveu par-ci, une poussière par-là.
Un seul regret, je ne peux pas te dire tu es belle
Un seul autre regret, je n'ose pas te toucher
Formidable élan de tendresse vers un ange endormi.
Inaccessible et doux, le plumage de l'ange.
J'oublie tout lorsque le destin me fait l'aumône du spectacle délicat d'une fille endormie...
J'oublie tout, et je renais à ma vie, à ma quête
un jour, tu seras là, mon Ange, dormant à mes côtés
Et toi, Giulia, dors, dors longtemps, je veille et te regarde, doucement

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20 juin 2010

Retour d'un explorateur

J'ai coulé sur le chemin d'Eldorado
Et m'accrochant à un tonneau dans les rouleaux
Je suis rentré d'où j'étais parti
La ville paraît nulle
Voilà deux semaines, pas beaucoup plus
Que je suis revenu, queue entre les jambes, si j'ose dire
Deux semaines, qu'on dirait des années
Après avoir construit mon fier bateau
Pendant tout un an
Doucement
Après avoir lancé sa coque à travers le port de Lisbonne
Glissé sur les algues et les eaux
Navigué pendant plusieurs mois
Lutté contre les tempêtes et le découragement
Vu les mouettes me guider, vague après vague
Découvert l'apaisement du voyage
L'équilibre du voyage, observer, s'ouvrir aux points cardinaux, au ciel et au vent
Je suis rentré il y a deux semaines
Et je redécouvre peu à peu l'enveloppante absurdité de ma vie
Je n'ai pas d'autre voyage à portée de cerveau
Prisonnier de Lisbonne dont les murs me chuchotent ton nom, Eldorado

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25 avril 2010

Bonsoir, Arthur

Ton visage dépasse d'un océan d'oubli
Ressurgit soudain
Comme un démon des temps anciens
Soudain ressurgi
Luminescente présence à travers l'histoire
Mais quelle histoire ?
Enfant trahi, retourne donc dans l'oubli
Fait meilleur dans le noir

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02 avril 2010

Whump

Il est sans doute difficile de décrire toutes les avalanches, mais un mécanisme semble correspondre à une majorité d'observations de terrain : lorsqu'une surcharge dépasse la capacité de portage de la couche fragile, celle-ci s'effondre en compression, entraînant la rupture en cisaillement de la couche fragile (les deux modes de rupture peuvent être plus ou moins mêlés). En surface, on peut ressentir un affaissement, souvent accompagné d'un bruit caractéristique (« whump » ou « prouf ») ou de fissures visibles en surface.

Source : Wikipédia, articles sur les avalanches.

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29 mars 2010

Prison

Un poète sur le monde, c'est comme un lion en cage.

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La mer

Je veux un ciel gris, m'enfouir dans ton sable, t'écouter respirer, ma chérie, mon amour, mon vrai trésor ! Tu ne m'en veux pas de t'avoir quittée, tu sais que mon âme est restée sur ton bord, enracinée dans ton eau. L'âme m'est écartelée entre le béton et l'eau.
Toi, je t'aime, toi tu me manques, et c'est avec toi, pas avec une autre, que je pourrais reposer ma solitude. Couverts d'embruns, la faim au ventre, paupières salées et mains calleuses, sec comme un vieux marin, marchant le long de tes immenses lèvres de galets ou de falaises. Mes chaussures à la main pour cautériser mes champignons parisiens au contact de ton sable brûlant. Vent, et iode, fournaise, apaisement, silence et tonnerre ; je connais une bonne partie de tes cent mille visages, et je les aime tous.
Tu me manques.
J'ai une telle envie de hurler... Mais qui d'autre que toi supporterait mon cri ?

Je me tais, je me tais. La rouge par la grande bande, rappel en coin sur la blanche.

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