Il y avait ce matin à l'ouverture des volets une lumière encourageante. Vive et douce à la fois, qui ne semblait rebondir nulle part mais être partout, tomber sans discrimination sur tous les endroits et y rester. L'atmosphère était si légère qu'on aurait dit qu'elle n'y était plus. Je donnai un coup dans le vide pour m'assurer que l'air sifflait toujours ; et l'air me répondit, fidèle. Loin, un nuage en forme d'arbre. Et puis soudain je suis fatigué de me complaire dans la contemplation du paysage. Alors je sors. Sur le pavé, un pigeon ouvert en deux semble me sourire. Un croissant aux amandes, merci bien, et quarante qui font deux, au revoir. Dans le ronronnement coutumier de la ville, j'ai l'impression d'entendre une rumeur nouvelle, comme un courant qui circule sous l'asphalte... Une vibration ténue, que je capte dans mes pieds et qui ricoche à l'intérieur de ma viande. Loin, le nuage s'est aplati, on dirait un champignon maintenant, comme une grande girolle... J'ai mal au crâne. Je serre les dents. Je traverse le marché, avec ses fromages et ses poissons. Ça pue, les gens sont cons, rien d'anormal. Il y a des pigeons partout. Ils ont tous déserté les arbres et les toits pour venir au sol nous faire chier. Pause. Serre les dents et les poings. Ferme les yeux. Je vois des points défiler, j'espère que je ne couve pas quelque chose... Je me masse, je repars. Un chien tire sur sa laisse, deux pigeons se battent, un passant éternue. La vibration dans les pavés s'est tue. D'un coup, la lumière devient accablante, comme si le jour n'était jusque là qu'une nuit un peu claire et que le soleil venait d'un coup de passer de nadir à zénith. Aveuglé, je baisse les yeux. Tout devient blanc. Pas loin, un gros type repousse une vieille qui lui était tombé dessus. J'ai juste le temps de penser, soulagé, que finalement l'avenir n'est pas si incertain qu'il le paraissait. Alors, un vent terrible et brûlant s'engouffre dans les rues remplies de gens et d'oiseaux, et désintègre tout.