28 juillet 2009
Le livre de ma mère
Les poètes qui ont chanté la noble et enrichissante douleur ne l’ont jamais connue, âmes tièdes et petits cœurs, ne l’ont jamais connue, malgré qu’ils aillent à la ligne et qu’ils créent génialement des blancs saupoudrés de mots, petits feignants, impuissants qui font de nécessité vertu. Ils ont des sentiments courts et c’est pour ça qu’ils vont à la ligne. Faiseur de chichis, prétentieux nains juchés sur de hauts talons et agitant le hochet de leurs rimes, si embêtants, faisant un sort à chaque mot excrété, si fiers d’avoir des tournements d’adjectifs, tout ravis dès qu’ils ont écrit quatorze lignes, vomissant devant leur table quelques mots où ils voient mille merveilles et qu’ils suçotent et vous forcent à suçoter avec eux, avisant les populations de leurs rares mots sortis, rembourrant de culot leurs maigres épaules, rusés managers de leur génie constipé, tout persuadés de l’importance de leur pouhasie. La douleur qui rabâche et qui transpire, la bouche entrouverte, ils n’en chanteraient pas la beauté s’ils l’avaient connue, et ils ne nous diraient pas que rien ne nous si grands qu’une grande douleur, ces petits bourgeois qui n’ont jamais rien acheté à prix de sang. Je la connais, la douleur, et je sais qu’elle n’est ni noble ni enrichissante mais qu’elle te ratatine et réduit comme tête bouillie et rapetissée de guerrier péruvien, et je sais que les poètes qui souffrent tout en cherchant des rimes et qui chantent l’honneur de souffrir, distingués nabots sur leurs échasses, n’ont jamais connu la douleur qui fait de toi un homme qui fut.
Albert Cohen
24 juillet 2009
Jean Charles de Menezes
Il me restait quand même deux ou trois trucs à faire, j'aurais bien aimé survivre. Mais, bon, sept balles dans ma tête, au bout d'un moment... Dur de garder l'âme à l'intérieur quand elle s'échappe par autant de trous.
Ouais, j'avais encore des trucs à faire, et j'étais un peu pressé. C'est pour ça que j'ai couru pour attraper mon bus, et c'est pour ça qu'ils m'ont pris pour un vilain. On a pas le droit d'être pressé quand on a pas une gueule de cadre européen. Je me disais qu'avec la particule de mon nom, je pouvais oublier pendant cinq minutes mon origine sud-américaine. Mais non : ils ne m'ont pas demandé mes papiers. Ils m'ont confondu avec un autre mec qu'ils recherchaient, un kamikaze, et ils m'ont tué. Ensuite ils ont proposé des sous à ma mère pour se faire pardonner. Toujours polis, les flics, c'est ça qui est bien. De vrais gentlemen. Tout de même, j'aurais bien voulu qu'ils disent le mot magique avant de se servir de mon cerveau pour faire briller le sol du bus.
Mais je peux me consoler : après tout, j'avais 27 ans, et puis mes assassins n'ont pas eu d'ennui avec la Justice, vous savez, celle qu'on écrit avec un grand "J". Je ne me serais pas pardonné de leur causer des problèmes.
Voilà, je suis mort. Ce n'était pas sous l'Occupation, c'était il y a quatre ans. On est bien le 24 juillet ? J'ai fêté le quatrième anniversaire il y deux jours. Ce n'était pas dans un osbcur pays d'Asie Centrale. C'était à Londres.
Mais, assez parlé de moi. Comment va la dignité humaine ?
10 juillet 2009
Important !
Friedensreich Hundertwasser, architecte
Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (...)Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de resurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé.
Aung San Suu Kyi, opposante à la junte militaire en Birmanie
04 juillet 2009
I'm back
Calme cri que la mer m'envoie pour me tirer du sommeil
Onde de choc qui me chamboule les viscères
Nature, c'est bon, je t'entends ! j'entends tes vagues
Sympa ton bleu ce matin ! J'émerge des galets
Tenant mal encore sur mes mollets
Aspirant en masse un air gonflé d'atomes
Nuances déclinées de la vie... Je me tourne vers toi
C'est si beau de te voir que j'en résonne, yeux ouverts
Et que je me rassois pour redormir contre ton ventre.
24 juin 2009
Bougie
Craquée une allumette, éclairé mon terrier
Ombres dansant au mur... Souvenirs de cheveux
Noirs, en fermant les yeux, d'amoureux sous la pluie.
Sang qui bat, fait trembler la surface de cire,
Taquine la flamme d'une bougie qui fond.
Angoisse, fonds, va-t-en, naphtaline mitée !
Ne restent que bougie, ombres, feu, et ce vent
Caressant dans mon crâne et sifflant dans mon corps,
Effarant vent d'espoir que la flammèche apporte !
Anne
Pour ma prof qui s'en va d'ici, en guise d'au revoir et merci !
Venise - Les dés sont jetés -
Sera votre destination
Un autre endroit où diffuser
Votre enthousiasme et ses rayons
Et si le pont du Rialto
Ne daigne pas tirer pour vous
Ses colonnes, son chapiteau,
C'est un ingrat, un point c'est tout.
Chanceuse, la Sérénissime
Qui apprendra bientôt vos pas.
"Voir Anne Denieul ou l'abîme"
Pour une ville, c'est le choix
Et si les murs de Burano
N'échangent pas leurs teints pour vous
Dans un charmant imbroglio,
Ils sont ingrats, un point c'est tout.
Bientôt : départ en Italie
Et Paris aura rendu l'Anne
Mais nous veillerons bien, ici
A ce que vos roses ne fanent
Et si le ciel de la lagune
Ne rosit pas le soir pour vous,
Ni pour remercier sa fortune
Il est ingrat, et puis c'est tout.
Voilà, il paraît que c'est l'heure.
Ayez tous mes vœux de bonheur,
Dans cette ville qui, d'en haut,
Ressemble à un éléphanteau !
Si les pigeons de San Marco
Ne veulent s'aligner pour vous
Saluer, main sur le jabot,
C'est qu'ils sont cons, un point c'est tout !
22 juin 2009
Chloé, deux ans
Je viens de laisser des amis à leur alcool, je me suis laissé à mon silence. Il y a deux ans, Chloé, je rentrais seul d'une fête de la musique où j'aurais aimé te voir, et je t'ai inventée.
Aujourd'hui, qu'est-ce que je pourrais te dire ? Que je suis toujours aussi minable qu'un bernard sans son l'ermite ? Que Paris me broie et que je lutte nuit et jour pour repousser ses piques ? Qu'il est dur de vivre dans une ville réelle avec des gens réels et d'avoir un amour imaginaire ?
Que dalle, j'en ai marre de me lamenter.
Aujourd'hui, je te dis, d'abord bon anniversaire, parce que deux ans, mine de rien, ça fait vieux. Et puis je te dis que je t'aime toujours, et plus que jamais, et que je t'en veux même pas de me faire poireauter, et que le jour où tu arriveras les hommes sentiront l'onde de choc de ma joie jusqu'en Nouvelle Zélande.
Je revois le Sacré Coeur... Il y a deux ans, il y a avait des lucioles partout pour ta naissance. Ce soir il fait bon, j'ai des doux relents de merguez qui me tiendront éveillé le temps que la musique s'estompe et que le jazz mette la sourdine à sa trompette.
Un soir où, bien sûr, tu me manques, mais où je t'attends, tranquille. A ce petit jeu-là tu ne gagneras pas avec moi : je ne mourrai pas avant de te rencontrer.
Tu sais pas encore à quel point je t'aime. Bon anniversaire, ange blafard.
19 juin 2009
Les ours
Vous savez, les ours, qui hibernent en hiver, comme un tas d'autres bestioles, comme les marmottes ou les poissons-clowns. Ouais, eh ben les ours ils dorment pendant des mois, en ralentissant les battements de leur cœur, en vivant sur leurs réserves.
On se dit toujours un peu impressionnés par cette prouesse de la nature, mais, finalement, nous les humains, on pulvérise le record d'hibernation ! On est champions, toutes catégories !
Un humain normalement constitué peut hiberner des années ! Certains même passent leur vie à hiberner.
Un homme peut apprendre à contrôler les battements de son cœur, à étouffer progressivement le muscle le plus puissant du règne animal. Le plus rigolo, c'est qu'un homme en hibernation peut marcher dans la rue, et même faire croire qu'il est parfaitement réveillé !
Mais si on analyse le rythme cardiaque d'un homme hibernant, on s'aperçoit très vite qu'il ne change pas quand il croise un gros arbre aux feuilles rouges jaunes ocres. Le rythme ne varie pas quand l'hibernant passe à côté d'une rivière et de ses remous zigzaguant entre les pierres polies. Le tempo cordial ne bronche même pas quand l'homme qui hiberne croise une paire d'aimables yeux !
Les hommes trop souvent vivent sur leurs réserves
Un seul souvenir fort leur nourrit le sommeil
Ils tirent tout profit de leur ancienne verve
Comme un ours vit un mois d'une gorgée de miel
La vie n'est que passion. Quand le rêve s'endort
L'homme, tel un zombie étêté, marche encore
Sans but, sans mélodie au bout de son chemin
Sans nez qui soit fouetté par l'assaut des parfums
Et puis il vient un jour où l'homme se souvient
Que c'est ici que ça se passe, tout ou rien
Il entend un accord, un rayon, un baiser
Il reprend son armure et son casque et repart
Quitte la peau de l'ours qu'il a tué bien tard
S'envole vers les cœurs allumer des brasiers !
12 juin 2009
L'huminaté
L'humain l'humus l'homo l'Huma
L'honni l'ovni lubbie l'humi
L'huuuuumiiiii...
L'humidité
ça fait pousser des champignons
Sur la plante des pieds
10 juin 2009
La chanson du milieu
J'ai écrit ça il y a quelques mois. Le recyclage continue, c'est le début de l'ère éco-logique.
Je suis dans un milieu
Où les gens fument beaucoup, et pas que du tabac
Je suis dans un milieu
Où l'on finit bourré plus souvent que moyenne
Je suis dans un milieu
Où les coups de boules fusent facilement
Je suis dans un milieu, messieurs
Qui correspond pas tellement à vos idéaux frelatés.
Mais moi je suis dans un milieu
Où des gens lisent en toi comme dans un livre.
Et c'est un bonheur, messieurs, de ne pas avoir à crier qui on est en permanence
On a plus besoin de se justifier, plus besoin de leur prouver des choses
Au bout de trois calins et de trois verres de vins, on se connait
Et c'est pour ça, messieurs que je resterai au milieu de mon milieu
Quoi que vous puissiez tenter.

